Portrait - Christine Baldeschi : la greffe de peau devient possible

Dans son laboratoire de l’Institut des cellules souches pour le traitement et l'étude des maladies monogéniques (i-Stem), Christine Baldeschi fabrique des cellules de la peau à partir de cellules souches.

Son but : greffer un épiderme sur des patients souffrant de maladies génétiques rares de la peau, une « première » mondiale.

L'i-Stem est un laboratoire universitaire créé par Marc Peschanski en 2005. Les équipes travaillent sur le traitement et la compréhension des maladies génétiques à partir de cellules souches d’origine embryonnaire, ou induites à la pluripotence, prélevées sur le patient.

Depuis douze ans, Christine Baldeschi y dirige l’équipe qui étudie les génodermatoses, des maladies génétiques rares de la peau. À partir de protocoles, la chercheuse réalise soit de la thérapie cellulaire, soit de la modélisation pathologique de maladies génétiques de la peau, en vue de trouver des traitements.

Immortalité et plurpotence

Les cellules souches embryonnaires, prélevées entre cinq à sept jours après la fécondation in vitro et mises en culture « ont deux caractéristiques :

  • elles sont d’une part « immortelles »
  • et s’auto-renouvellent indéfiniment, et d’autre part « pluripotentes »,

c’est-à-dire qu’elles vont donner tous les types cellulaires de l’organisme : cerveau, peau, muscle… », explique Christine Baldeschi, qui développe des protocoles pour différencier ensuite ces cellules souches pluripotentes en cellules de la peau, kératinocytes, mélanocytes ou fibroblastes.

Greffer un épiderme, c'est bientôt possible

Une fois différenciées en kératinocytes, les cellules vont servir à reformer un épiderme.

Nous mettons actuellement en place un essai clinique qui permettra de greffer un épiderme sur des patients atteints de drépanocytose. Cette maladie génétique rare touche un enfant sur 30 000 et provoque des ulcères aux jambes. Il n’existe aujourd’hui aucun traitement. 

L’idée est d’utiliser cette peau reconstituée in vitro comme d’un pansement cicatrisant. Les protocoles de production de cellules compatibles avec l’Homme sont actuellement testés avec l’industrie pharmaceutique. « Nous n’avons jamais été aussi près de pouvoir traiter des patients », se réjouit la chercheuse.

Reprogrammer les cellules pour qu'elles restent pluripotentes

Christine Baldeschi réalise aussi de la modélisation pathologique sur l’épidermolyse bulleuse, une autre maladie génétique rare qui touchent les enfants et qui est responsable du décollement de leur peau.

Dans ce cas, nous appliquons directement un cocktail de facteurs de transcription aux cellules sanguines du patient. Ce cocktail les reprogramme à l’état pluripotent et les cellules obtiennent les mêmes caractéristiques que les cellules souches embryonnaires

explique la chercheuse, qui travaille directement avec l’équipe médicale de l’hôpital Necker.

En étudiant les kératinocytes malades, nous essayons de comprendre les mécanismes moléculaires associés à cette maladie dans le but de faire du criblage pharmacologique : nous testons des médicaments existants pour tenter de trouver la bonne formule thérapeutique.

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