Portrait de Chloé Huvet

Publié le :
17
févr. 2026
Chloé Huvet, Maître de conférences en musicologie à l'Université Évry Paris-Saclay depuis 2020, a rejoint en 2024 les rangs prestigieux de l’Institut universitaire de France en tant que membre junior. Agrégée de musique et ancienne élève de l’ENS de Lyon – elle-même harpiste de formation classique –, elle enseigne actuellement des cours consacrés aux rapports en musique, image et sound design de la Licence 3 au Master 2 de Musicologie, ainsi qu’au sein du Master 2 Sociologie « Image et Société ».
Chloé Huvet a commencé ses recherches sur le cinéma hollywoodien en se concentrant particulièrement sur les partitions de John Williams dans sa collaboration avec Steven Spielberg. Elle a ensuite consacré sa thèse de doctorat à une analyse comparative de la musique et des effets sonores dans les deux premières trilogies Star Wars, en lien avec la transition numérique. Dans le cadre de sa délégation à l’IUF, son travail vise à élaborer une poétique du son à l’ère du cinéma numérique, et propose de repenser la notion de bande-son en la considérant dans sa globalité. En étudiant la façon dont musique, sound design et dialogue peuvent s’entrelacer ou se compléter de façon signifiante et sensible, elle s’intéresse aux différentes manières dont ils contribuent à la construction esthétique, narrative et émotionnelle des films contemporains. Les grandes productions hollywoodiennes du XXIe siècle, en particulier, s’affirment comme un laboratoire d’expérimentations audacieuses où musique, bruits et parole s’articulent pour créer des expériences artistiques visuelles et sonores puissantes.
Son domaine de recherche, la cinémusicologie, connaît un essor remarquable depuis une quinzaine d’années dans le monde universitaire français. Cette discipline consiste à appliquer les outils de la musicologie aux productions audiovisuelles, étudiées selon des perspectives historiques, analytiques, esthétiques ou socio-culturelles. Partant du fait qu’un film s’entend autant qu’il se voit, cette approche questionne ce que la musique et le son peuvent apporter au cinéma, et met en lumière la façon dont les choix sonores façonnent l’expérience du spectateur. Le choix de ce domaine de recherche fait le lien entre deux passions de Chloé Huvet depuis son enfance : la musique et le cinéma.
Comment la musique et l’image, avec chacune son univers et ses règles particulières, peuvent-elles se féconder et faire émerger quelque chose de nouveau ? Chloé Huvet rappelle que la musique au cinéma n’est pas un habillage ni un surplus : elle participe pleinement de l’univers du cinéma depuis ses débuts, comme en témoigne sa persistance à l’écran lors du passage du muet au parlant. Puissant vecteur d’émotions et de sensations, la musique agit sur le ressenti du spectateur et ses perceptions. Elle peut contribuer à la narration d’un film en délimitant des jalons structurels, en créant des ponts entre des séquences éloignées, ou en portant les climax dramatiques. Elle peut également accompagner et caractériser un personnage, un lieu ou une idée par des thèmes récurrents, à l’instar des leitmotivs des opéras de Wagner. Elle peut aussi préfigurer peu à peu le destin tragique d’un personnage au cours de ses aventures, longtemps avant l’événement fatal, et produire un commentaire sur l’image. À ce titre, la musique a fréquemment un rôle de révélateur, intensifiant une atmosphère, soulignant les sentiments et les pensées de tel personnage, ou mettant en relief une dimension qui ne figure pas complètement ou explicitement à l’écran. Enfin, elle peut aussi se marier à l’univers plastique d’un film, en entrant en résonance avec des couleurs, un décor, un choix d’éclairage ou la construction interne d’un plan.
Chloé Huvet poursuit aujourd’hui ses recherches sur les profondes transformations de la musique et sound design au cinéma depuis la transition numérique du début des années 1990. L’usage de l’IA pourrait, à son tour, reconfigurer durablement les relations entre l’image et la bande-son. Des cinémusicologues comme Chloé Huvet nous diront dans un avenir proche si ces technologies auront conduit à un enrichissement au service de la création dans ce domaine.
Publications
Ses publications récentes portent sur le sound design, la musique dans les genres science-fictionnel, fantastique et horrifique, et l’utilisation des musiques préexistantes au cinéma. Son premier ouvrage, Composer pour l’image à l’ère numérique. Star Wars, d’une trilogie à l’autre (Vrin, 2022, collection MusicologieS), est distingué par la Sélection du Prix du livre France Musique-Claude Samuel 2023. Elle a dirigé l’ouvrage collectif Ennio Morricone : Et pour quelques notes de plus… (Éditions Universitaires de Dijon, 2022), et codirigé avec Cécile Carayol Errances et angoisses du troisième type : à l’écoute des bandes-son de science-fiction (Le Visage Vert, 2024). Elle a codirigé avec Grégoire Tosser les numéros de revue Musique et design sonore dans les productions audiovisuelles contemporaines (Filigrane,no 27, 2022) et Perspectives nouvelles sur John Williams (Émergences. Son, musique et médias audiovisuels, no 1 et 2, 2025).







