L'Université Évry Paris-Saclay est un creuset cosmopolite d'étudiants et de professeurs, où tout le monde se mélange sans difficulté. J'aimais cette atmosphère, qui rendait l'environnement estudiantin sain.
Rencontre avec Ruben Jean, alumni de l'Université Évry Paris-Saclay
Publié le :
12
oct. 2026
Maître Jean Ruben, ancien étudiant de l'Université Évry Paris-Saclay, aujourd'hui avocat en contentieux au barreau de la Guyane, nous partage son parcours universitaire.
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
“J'exerce en qualité d'avocat en contentieux au barreau de la Guyane, où j'ai prêté serment en mars 2026. J'ai effectué une licence de droit classique, puis un master 1 en droit privé général et un master 2 Justice, procès et procédures.”
Quelles ont été les grandes étapes de votre parcours ?
“J'ai conscience qu'une grande partie des étudiants doivent travailler en parallèle de leurs études. Je le répète à qui veut l'entendre : ça a été ma réalité, et je souhaite leur insuffler de l'espoir. J'ai été équipier polyvalent chez McDonald's, serveur à temps plein et assistant de justice durant mes études. Tout cela représente une charge considérable lorsqu'on prépare l'examen du barreau (CRFPA). Pour ma part, je l'ai obtenu à la troisième tentative. J'en parle avec aisance, car je n'aime pas les récits de réussite aseptisés : je veux que l'on entende aussi les ratures, les accidents et les échecs, car ils font partie de notre réalité.”
Quelles compétences acquises durant votre formation vous sont aujourd'hui les plus utiles ?
“D'abord la force de travail. Durant notre formation, la préparation des différents travaux dirigés représentait une véritable charge de travail, et bien s'y préparer en amont permettait d'être prêt. Ensuite, l'esprit de synthèse : la capacité d'ingérer une quantité phénoménale d'informations et d'en extraire la substantifique moelle.”
Quel souvenir gardez-vous de votre passage à l'Université Évry Paris-Saclay ?
“L'Université Évry Paris-Saclay est un creuset cosmopolite d'étudiants et de professeurs, où tout le monde se mélange sans difficulté. J'aimais cette atmosphère, qui rendait l'environnement estudiantin sain.”
Quel moment, projet ou rencontre a particulièrement marqué vos années à l'université ?
“Durant mes années universitaires, nous participions à des concours d'éloquence, notamment le concours Lysias et celui de la Fédération française de débat et d'éloquence (FFDE). Lorsque j'étais en L1, certains étudiants d'universités parisiennes dénigraient l'université sur les réseaux sociaux avant les débats. Quelques années plus tard, Évry a remporté le concours national Lysias : ce fut une belle revanche.”
Un mot pour les enseignants ?
“L'idée selon laquelle les études de droit à l'Université Évry Paris-Saclay seraient plus simples en raison de sa localisation relève du fantasme. Les professeurs, ainsi que les chargés de TD, ne nous ont jamais fait de cadeaux, bien au contraire : ils nous ont transmis une rigueur juridique et un esprit d'analyse qui nous ont préparés à tous les défis à venir. Je leur en suis reconnaissant, car ils ont toujours su être à la fois rigoureux et accessibles.”
Quel conseil donneriez-vous aux étudiants ?
“N'ayez jamais honte d'où vous venez : c'est votre histoire, et c'est ce qui fera votre différence. Le monde professionnel veut souvent que l'on gomme ses différences pour se fondre dans un moule. Je dirais au contraire qu'il faut travailler dur tout en conservant son authenticité. Battez-vous pour cela et ne cessez jamais de voir grand.”
Quel regard portez-vous sur l'environnement dans lequel vous avez grandi ?
“Je suis un gamin de l'ASE (Aide Sociale à l'Enfance). Commencer la vie sans avoir les mêmes chances que les autres fait naître en soi un sentiment particulier : « Cet impossible choix d'être et d'avoir été, et la douleur qui laisse une ride à la bouche » Louis Aragon – Que la vie en vaut la peine. Malgré tout, je crois que cela a forgé en moi une forme de combativité, avec une idée simple : nous n'avons pas commencé avec les meilleures cartes, alors nous forcerons le destin à nous en distribuer de nouvelles.”
Que diriez-vous à un jeune de banlieue qui ne pense pas avoir accès aux études supérieures ?
“J’ai le sentiment que beaucoup de ceux qui atteignent leur objectif se battent pour effacer ce qui les a faits, comme si la dignité nouvellement acquise était devenue incompatible avec leur passé. Moi, je veux que les jeunes qui me succéderont puissent se dire : « Il l'a fait, il vient de chez moi, alors je peux le faire aussi. » Je demandais à mes camarades : « Connaissez-vous un avocat issu d'Évry ? » Personne ne savait répondre. Le terme « banlieusard » recouvre un certain nombre de réalités. Pour beaucoup, le parcours est plus ou moins tracé dès l'enfance : le capital socioculturel dans lequel ils ont baigné leur a donné une vision précise du champ des possibles. Pour d'autres, dont j'ai fait partie, l'accès à l'université semblait presque inimaginable, car flou et abscons. Personne chez nous n'y était allé : comment imaginer qu'on puisse réussir ? Si tu n'as pas bénéficié du « meilleur » parcours de vie, tu peux faire en sorte de changer ce destin, qui ne doit pas être une fatalité.”







